J'ai l'impression d'être revenue d'entre les morts.
[np : Suicide - Girl]
J'ai l'impression d'avoir repris vie au milieu d'une boutique rêvée. Retissé mes souvenirs. Les expériences physiques de Sunn O))) , entre le Nouveau Casino et le Point Ephémère, les kilomètres pour le Ashes to Ashes et la Belgian Doom Night, les étranges nuits qui les ont suivi, et la chaleur semi-mortelle de Boris, aux Instants Chavirés. Mes souvenirs. Alfredo Hernandez en tongs et bermuda au détour d'un rade et d'une bière, après un passage à la Scène Bastille avec Yawning Man. Mes souvenirs. L'élégance d'Enslaved à Paris, tournée Monumension. Mes souvenirs.
Suis pourtant ressortie avec toute autre chose.
The Las Vegas Story. En laissant tourner le disque sur la platine, je m'étais rappelée que rares étaient les artistes qui m'avaient offert la sincérité et l'entiereté dès la première écoute. Jeffrey Lee Pierce fait partie de ceux-là, complètement vivant et pourtant toujours sur le fil du rasoir. Je me rappellerai toujours, à ma première écoute de Fire Of Love comment tellement de choses s'étaient imbriquées en moi, l'urgence, le désespoir, la foi, la foi en l'instant présent, la nécessité, terrible et insoutenable de ces guitares, et les paroles d'un damné. "Eternally is here" chantait-il. Jeffrey m'a toujours donné l'impression d'être un sorcier voodoo, empli de prémonitions, les laissant se libérer au milieu de transes extatiques. Sorcier, humain, malgré tout, ployant sous les flots du trop-plein de vie.
Trop plein de vie, trop plein de mort, RIP Lux
Interior.
Au fait, l'antre du souvenir, c'est là : Souffle Continu, 20-22 rue Gerbier Paris 11e Métro Voltaire ou
Philippe Auguste. Support your local record shop.
B L A S T E D.
On ne sait jamais comment renouer. Retisser les noeuds d'une proximité perdue, soufflée par le temps, avalée par l'orgueil, ou floutée par la névrose. Revisiter un labyrinthe dont les méandres ont changé.
Je suis rouillée.
Juste assez pour dire les souillures qui paralysent les doigts, les entendre crisser, dans ma tête, dans ma tête, seulement dans ma tête. Les retours ne sont jamais chaleureux. Ils m'effrayent.
Je n'aurais jamais dû m'arrêter. Jamais.
J'ai oublié les réflexes de scène, continuer tendue, même quand la batterie s'emballe, même quand les guitares sont distordues, continuer le chemin au milieu de la cacophonie, continuer, sans pause, continuer jusqu'à la purge absolue.
B L A S T E D.
J'avais cru oublier la violence. J'avais cru oublier la vie, plongée dans mes émotions de coton, une peau avait même pris le temps de s'esquisser au-dessus de ma chair à vif. Une nouvelle peau sans brisure ni rocaille, une peau de poupée. Artificielle.
Elle vous revient plus forte encore, tellement évidente, la tragédie, le drame, le sang, le stupre.
Les larmes.
Les lames.
B L A S T E D.
On ne dit jamais assez que l'envie tue. Que la jalousie est un cancer pour l'esprit. Que les confiances sont aveugles. Que l'acharnement est sucidaire.
Je refuse de me soumettre à la dictature du pardon.
« La véritable libération de l’érotisme viendra lorsque nous accepterons le fait qu’il a un million de facettes, un million de formes, d’objets, de situations, d’atmosphères, de variations. Avant tout, nous devons nous débarrasser de notre sentiment de culpabilité face à son développement, nous devons rester ouvertes à toutes ses surprises, ses expressions multiples et, enfin, (…) le lier à un amour unique, à une passion pour un seul être, le mêler à nos rêves, à nos lubies, à notre émotion afin qu’il atteigne sa plus haute puissance. Il fut peut-être un temps de rituels collectifs, où la libération sensuelle touchait à son apogée, mais cette époque est révolue, et plus forte sera la passion pour un seul individu, plus le rituel à deux sera essentiel, intense, extatique. »
Anaïs Nin, in Etre une femme et autres essais
Je suis une lectrice.
Prise en flagrant délit de livre. Vivre.
Je ne suis pas morte.
Je lis des lignes de vies, je vis des lignes. Des pages. J’écris sur mon corps la sérénité. Le nouveau chapitre.
Le roman s’enflamme à quatre mains. Pas plus. L’harmonie des langues. Avant de voir le contenu des mots, écoutez d’abord leur mélodie, c’est ainsi qu’ils se dévoilent, assourdissants murmures. Ne réfléchissez pas à mes mots. Ressentez-les.
J’ai dans ma vie le seul individu, le seul être.
Sans avoir pris le temps de farder ma peau, ma vie, mon désir.
J’ai hors de ma vie les griffures d’existence.
Sans avoir eu le temps d’en sucer le venin dans son entier.
Venin, encre noire de mes nuits blanches.
Suis-je encore capable d’écrire ?
Suis-je encore capable d’écrire quand la nécessité s’est effacée, et quand le ressenti n’a plus la moindre acidité ?
Je suis une lectrice.
Je suis une lectrice.
Je suis une lectrice.
De moi-même.