B L A S T E D.
On ne sait jamais comment renouer. Retisser les noeuds d'une proximité perdue, soufflée par le temps, avalée par l'orgueil, ou floutée par la névrose. Revisiter un labyrinthe dont les méandres ont changé.
Je suis rouillée.
Juste assez pour dire les souillures qui paralysent les doigts, les entendre crisser, dans ma tête, dans ma tête, seulement dans ma tête. Les retours ne sont jamais chaleureux. Ils m'effrayent.
Je n'aurais jamais dû m'arrêter. Jamais.
J'ai oublié les réflexes de scène, continuer tendue, même quand la batterie s'emballe, même quand les guitares sont distordues, continuer le chemin au milieu de la cacophonie, continuer, sans pause, continuer jusqu'à la purge absolue.
B L A S T E D.
J'avais cru oublier la violence. J'avais cru oublier la vie, plongée dans mes émotions de coton, une peau avait même pris le temps de s'esquisser au-dessus de ma chair à vif. Une nouvelle peau sans brisure ni rocaille, une peau de poupée. Artificielle.
Elle vous revient plus forte encore, tellement évidente, la tragédie, le drame, le sang, le stupre.
Les larmes.
Les lames.
B L A S T E D.
On ne dit jamais assez que l'envie tue. Que la jalousie est un cancer pour l'esprit. Que les confiances sont aveugles. Que l'acharnement est sucidaire.
Je refuse de me soumettre à la dictature du pardon.
Un séjour au Paradis est toujours bon à prendre, quelle que soit la manière dont on en est chassée. La vie elle-même n'est rien de plus qu'un moment de répit entre une arrivée et un départ pas plus souhaités l'un que l'autre.
Vous avez voulu oublier la douleur. Ce n'est pas prudent, mais c'est hautement humain. Ne le regrettez pas, ne serait-ce que parce qu'il viendra un temps où vous chercherez à nouveau à oublier., et qu'il ne faudra pas en avoir honte. Disappearer, vous êtes faite pour disparaître, mais si vous ne réapparaissiez pas, ça n'aurait guère de sens.
Ce que vous dites sur la jalousie est terriblement vrai. Mon séjour au Paradis s'est lui terminé l'année dernière, et j'ai l'idée qu'il y avait un petit peu le même genre de pomme dans l'histoire.
La jalousie prend bien des formes, et pas forcément les plus triviales. La jalousie, ça naît parfois simplement du fait que l'un soit heureux et l'autre pas. Que l'un soit tout pour l'autre, et que l'autre ait sa vie, son histoire, son passé, et qu'il est bien tard pour jouer à Toi Et Moi Contre Le Monde Entier. Alors on fulmine, on gâche, on piétine ces moments délicieux que l'on regrettera plus tard.
Si c'était à refaire, Disappearer, vous refairiez sans doute le même chemin. Gardez tout cela à l'esprit, au-delà de la rancune ou du pardon. Ce que vous avez vécu fait désormais partie de votre histoire, et il y a des fous-rires sur l'oreiller que jamais vous n'oublierez. Il y a des photos que vous ne pourrez plus regarder pendant des années, et puis un jour, vous les contemplerez d'un regard nouveau et attendri. Ca ne console pas, mais ça apaise.
Quant à moi, je suis content de pouvoir vous lire à nouveau. C'est bassement égoïste, mais je suis le premier à transformer moi-même mes souffrances en mots sur mon propre domaine virtuel. Cela suffit-il à donner un sens à ce qui n'en a pas ou à évacuer ce qu'on ne peut pas oublier ? Sans doute pas, mais de cette matière première encombrante et détestable, on réussit parfois à tirer quelque chose de beau qui nous ramène à nous-mêmes. Essayez toujours, vous verrez bien...
Au plaisir de vous relire, avant que les larmes de fond et les lames de forme ne viennent à bout de votre chair à vif.
DW
PS : Christian Death a sorti un nouvel album "American Inquisition" particulièrement réussi, et d'une beauté sordide et vénéneuse assez irrésistible. Je ne saurais trop vous récommander d'en faire la bande sonore de votre rémission.
Comme promis, j'ai lu tes articles et j'avoue que tu m'as surpris car tu caches bien ton jeu... !
J'ai beaucoup apprécié ce côté écorché et torturé. Tes textes m'ont fait pensé aux autoportraits d'Egon Schiele.
J'attends la suite avec impatience...
Au boulot !!!!
Amicalement
Marc