« La véritable libération de l’érotisme viendra lorsque nous accepterons le fait qu’il a un million de facettes, un million de formes, d’objets, de situations, d’atmosphères, de variations. Avant tout, nous devons nous débarrasser de notre sentiment de culpabilité face à son développement, nous devons rester ouvertes à toutes ses surprises, ses expressions multiples et, enfin, (…) le lier à un amour unique, à une passion pour un seul être, le mêler à nos rêves, à nos lubies, à notre émotion afin qu’il atteigne sa plus haute puissance. Il fut peut-être un temps de rituels collectifs, où la libération sensuelle touchait à son apogée, mais cette époque est révolue, et plus forte sera la passion pour un seul individu, plus le rituel à deux sera essentiel, intense, extatique. »
Anaïs Nin, in Etre une femme et autres essais
Je suis une lectrice.
Prise en flagrant délit de livre. Vivre.
Je ne suis pas morte.
Je lis des lignes de vies, je vis des lignes. Des pages. J’écris sur mon corps la sérénité. Le nouveau chapitre.
Le roman s’enflamme à quatre mains. Pas plus. L’harmonie des langues. Avant de voir le contenu des mots, écoutez d’abord leur mélodie, c’est ainsi qu’ils se dévoilent, assourdissants murmures. Ne réfléchissez pas à mes mots. Ressentez-les.
J’ai dans ma vie le seul individu, le seul être.
Sans avoir pris le temps de farder ma peau, ma vie, mon désir.
J’ai hors de ma vie les griffures d’existence.
Sans avoir eu le temps d’en sucer le venin dans son entier.
Venin, encre noire de mes nuits blanches.
Suis-je encore capable d’écrire ?
Suis-je encore capable d’écrire quand la nécessité s’est effacée, et quand le ressenti n’a plus la moindre acidité ?
Je suis une lectrice.
Je suis une lectrice.
Je suis une lectrice.
De moi-même.