Samedi 2 septembre 2006

Ca faisait peut-être deux heures que je regardais dans le vide, cigarette consumée jusqu'au filtre après cigarette, ne me réveillant que pour gueuler I BET THAT YOU PUKE GOOD ON THE DANCEFLOOR aux midinettes qui dansaient devant moi, tellement ivres de connerie. Je me demandais une fois de plus ce que je foutais là, assise sur ce putain de banc, alors que je m'étais jurée de ne plus y remettre les pieds. J'avais pour seuls divertissements les restes d'un litre de bière et les vapeurs d'un flacon de poppers londonien semi-éventé, de ceux qui piquent le nez et qui vous donnent l'impression d'avoir un poids-lourd dans la tête. Je ne pouvais pas sourire. Les petits cons bourrés ne me faisaient même plus rire. Je me demandais ce que je foutais là, et je m'allumais une autre cigarette, en attendant qu'on me foute dehors à cinq heures.

Lui s'est assis à côté de moi en me posant la question ultime.
Oui, évidemment que je me fais chier, je transpire l'ennui jusque dans mon ton.
Il m'a demandé si je voulais faire l'amour.
C'est une simple question ou bien une proposition ?
Est-ce que t'as envie de faire l'amour avec moi ?
Oui.
Allez, viens, on se casse.
Monter sur la Vespa, l'air nocturne qui caresse le visage | refroidit les mains engoncées dans ses poches je voudrais pouvoir y planter mes ongles tellement. J'ai peur. Je m'accroche.
 
Sweetness, sweetness I was only joking
When I said i'd like to smash every tooth
In your head
 
Traverser Paris de nuit, lui faire l'amour à la verticale et sourire, sourire aux anges.
C'est quoi ton groupe préféré ?
Hein ?
C'est quoi ton groupe préféré ?
J'en sais rien. Je réponds en un top 5 déclassé des groupes auxquels je suis profondément attachée.
Pourquoi les Smiths ?
C'est sentimental, je les porte en mon coeur depuis bien trop longtemps pour pouvoir les en déloger.
On arrive.
Moi dans la salle de bains, Pulp sur la platine disque. Disco 2000 qui se joue.
 

I never knew that youd get married.
I would be living down here on my own
On that damp and lonely Thursday years ago.
 
Au fait tu ne m'a pas dit ton nom.
Peut-être m'en souviendrais-je encore demain.
Trop de lumière qui m'éblouit. On tamise. Trop d'ombres pour mes frayeurs de petite fille. Je ne sais pas ce que je veux.
Il s'approche de moi et m'embrasse. Premier baiser de la soirée. Il a étrangement attendu avant de vouloir me déboutonner. Je ne sais pas si j'ai apprécié. Je ne sais pas si je voulais qu'il me pénètre, là, de suite ou qu'il y aille d'une lenteur impassible.
Je crois surtout que j'avais plus envie de quelque chose que de lui. De n'importe quoi. Sentir le membre qui se durcit, jouer avec, jouir du regard de reconnaissance, de la possession éphémère, de l'abandon. J'avais envie de tout ça. Lui était un moyen.
Sourire entendu.
Je suis née pour faire du bien aux autres.
Baiser jusqu'à n'en plus pouvoir, durer, durer, se retourner, griffer mordre...Orgasme.
Baiser jusqu'à n'en plus pouvoir, durer, durer, s'allonger, griffer mordre...Orgasme.

Je vais y aller.
Ouais, au fait ne m'en veux pas mais je ne prends pas ton numéro.
Je ne t'ai rien demandé.
C'est que j'aime pas les revoyures devant un café, tout ça...
Ouais, ouais. Bonne journée.

Je me plais à penser que parfois ma vie est comme les pages d'un roman. Une ineptie sortie de nulle part, une romance aux accents destructeurs. Des souffles d'existence sur le vierge. Quelque bouffées de réel.
Je vis peut-être mieux que je n'écris, après tout.

Par Fire grrrl - Publié dans : leaving the night / living the nights
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